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Plan de production à capacité finie : sortir du MRP à capacité infinie

Le MRP suppose des ressources illimitées. Voici comment confronter la charge à la capacité réelle de vos postes et bâtir un plan tenable, étape par étape.
18 février 2025 par
Plan de production à capacité finie : sortir du MRP à capacité infinie
Planitools

Chaque nuit, le calcul des besoins tourne dans l'ERP. Chaque matin, le planificateur découvre des propositions d'ordres de fabrication que l'atelier ne pourra pas tenir : 80 heures de conditionnement sur une semaine qui en compte 63, presque rien la semaine suivante. Ce n'est pas un défaut de paramétrage. C'est la nature même du MRP : il planifie à capacité infinie.

Construire un plan de production à capacité finie ne demande pas forcément un solveur ni un projet de dix-huit mois. Cela demande de confronter, poste par poste et semaine par semaine, la charge générée par le MRP à la capacité réelle de l'atelier, puis de lisser. Voici pourquoi le MRP raisonne ainsi, ce que cela provoque dans l'atelier, et comment passer à capacité finie étape par étape, exemple chiffré à l'appui.

Pourquoi le MRP classique planifie à capacité infinie

Le MRP (calcul des besoins nets) répond à deux questions : quoi fabriquer ou acheter, et pour quand. Il part du plan directeur de production (PDP), éclate les nomenclatures niveau par niveau, retranche les stocks et les en-cours, puis décale chaque besoin net du délai de fabrication ou d'approvisionnement pour dater les propositions d'OF et d'achats.

À aucun moment ce calcul ne se demande si le poste de charge dispose des heures nécessaires. Fournisseurs, lignes, entrepôts et transport sont supposés illimités. C'est une hypothèse de travail, pas un oubli : elle rend le calcul rapide et déterministe. Le MRP II a ajouté un calcul de charge (CRP), mais dans la plupart des ERP de PME il n'est pas activé, ou il produit un histogramme après coup. Le MRP livre donc un plan « idéal » sur le papier, et c'est au planificateur de le rendre réalisable.

Ce que la capacité infinie provoque dans l'atelier

Les symptômes sont les mêmes d'une usine à l'autre, seule leur intensité change.

  • Des pics et des creux de charge. Certaines semaines sont sous-chargées, d'autres ingérables ; les équipes alternent entre attente et urgence, avec le stress et les erreurs qui vont avec.
  • Des lots et des réassorts déconnectés de la logistique. Des quantités qui ignorent le camion complet, des commandes massives en fin de mois sans regard sur la capacité du fournisseur : retards, ruptures, parfois pénalités.
  • Une matière qui ne suit pas. Dans la volaille, la découpe du jour détermine ce qui est disponible, et les OF proposés ne peuvent pas tous être lancés ; avec des DLC courtes, produire trop tôt finit en gaspillage.
  • Des stocks réservés comptés comme disponibles, alors que certains clients les exigent pour des livraisons futures.

Chaque matin, le planificateur reprend donc les propositions une par une, le plus souvent dans Excel : nous avons décrit ce mécanisme dans les limites des ERP en planification.

Plan de production à capacité finie : de quoi parle-t-on ?

C'est un plan dans lequel, sur chaque poste contraint et sur chaque période, la charge ne dépasse pas la capacité. Trois grandeurs suffisent.

  • La charge d'un poste sur une période, en heures : la somme, pour chaque OF, de la quantité multipliée par le temps standard unitaire de la gamme, plus les temps de réglage.
  • La capacité du poste sur la même période : le nombre de ressources, multiplié par les heures d'ouverture, multiplié par un taux d'engagement qui absorbe les pauses, les petites pannes et les réglages non planifiés.
  • Le taux de charge : la charge divisée par la capacité. Au-dessus de 100 %, le plan n'est pas tenable.

Pour revenir sous la ligne, deux voies : lisser, c'est-à-dire avancer ou reculer des OF pour remplir les creux avec les pics, ou confier le placement à un solveur à capacité finie. Dans les deux cas, on ne modélise que les deux ou trois goulots qui dictent le rythme de l'atelier.

Exemple chiffré : la charge contre la capacité d'un poste

Un poste de conditionnement : une ligne, deux équipes de 7 heures, 5 jours par semaine, soit 70 heures d'ouverture. Avec un taux d'engagement de 90 %, la capacité retenue est de 63 heures par semaine. La charge des OF proposés par le MRP se répartit ainsi sur quatre semaines.

SemaineCharge issue du MRP (h)Capacité (h)Taux de chargeCharge après lissage (h)
S18063127 %63
S2456371 %62
S37063111 %63
S4506379 %57
Total24525297 %245

Sur quatre semaines, la charge totale (245 h) tient dans la capacité (252 h). Le problème n'est pas un manque de capacité, mais une mauvaise répartition. Le lissage consiste à avancer 17 heures d'OF de S1 vers S2, qui passe à 62 heures, et à reculer 7 heures d'OF de S3 vers S4. Chaque semaine repasse sous les 63 heures.

Ces deux mouvements n'ont pas le même coût. Avancer, c'est consommer la matière plus tôt et porter du stock une semaine de plus : acceptable pour un produit sec, risqué pour une DLC courte. Reculer, c'est vérifier les dates de livraison des OF concernés. Et si la charge totale avait dépassé 252 heures, le lissage n'aurait pas suffi : heures supplémentaires, troisième équipe ou sous-traitance.

Passer à capacité finie étape par étape

  1. Choisir les postes à modéliser : ceux dont la saturation retarde vraiment les livraisons, pas toute la gamme.
  2. Fiabiliser les temps standards et les calendriers : comparer les temps réels déclarés dans l'atelier aux temps des gammes, renseigner congés, maintenance et horaires réels.
  3. Calculer la charge par poste et par semaine à partir des OF lancés et des propositions du MRP.
  4. Afficher la charge et la capacité à côté des propositions, avant de les valider : chaque modification de quantité ou de date doit montrer aussitôt son effet sur le taux de charge.
  5. Lisser avec des règles écrites : avancer plutôt que reculer pour les produits stables, l'inverse pour les DLC courtes ; respecter les tailles de lot et les chargements camion.
  6. Figer un horizon, par exemple la semaine en cours et la suivante, pour mettre fin au replanning permanent qui épuise les équipes.
  7. Boucler chaque semaine : confronter le réalisé au plan, mettre à jour les temps standards, ajuster le taux d'engagement.

Ce que nous voyons sur le terrain

Dans la volaille, nous avons vu que l'application mécanique des taux de couverture produit toujours un plan irréalisable, parce que la matière du jour ne suit pas. La réponse qui a tenu plus de deux ans n'était pas un solveur, mais une fenêtre au-dessus du tableau de planification, recalculée en continu, qui affichait la matière restante à chaque quantité saisie : voir ce cas de planification à moyen terme et cet atelier de volailles marinées.

Nous voyons aussi que les solveurs et l'IA ne sont pas la première étape : longs à déployer, délicats à paramétrer, difficiles à corriger à la main. Mieux vaut garder le MRP pour les besoins et les dates, et lui adjoindre un outil qui montre les contraintes et simule les ajustements en direct. Les règles de lissage, elles, existent déjà dans la tête du planificateur et dans ses classeurs : l'enjeu est de les rendre visibles et partagées.

Conclusion

Le MRP à capacité infinie reste indispensable : il calcule vite et juste ce qu'il faut fabriquer et acheter. Mais il ne sait pas si l'atelier peut suivre. Mettre la charge en face de la capacité sur les postes qui comptent, lisser avec des règles explicites et figer un horizon : c'est ainsi qu'un plan de production à capacité finie tient réellement dans l'atelier.

C'est précisément ce que fait Planiprod : il lit votre ERP chaque matin, affiche la charge et la capacité par poste à côté des propositions du MRP, et chaque colonne se programme avec vos règles de lissage. L'ERP reste maître des OF et des achats. Pour voir la charge de vos postes sur votre PDP, demandez une démo ou parcourez notre approche de la planification pour PME.